Le mentorat au sein de l’association AFEV vécu par Léonie Baratou.

Propos recueillis par Lisa-Marie Rodriguez

En 2018, Emmanuel Macron avait montré sa volonté de développer le mentorat en France à travers le lancement du dispositif « Un jeune, un mentor ». Le chef de l’État avait notamment déclaré lors d’une visite dans un centre de formation aux métiers industriels : « Ce que je veux, c’est que chaque jeune qui en a besoin puisse avoir un mentor. Et aussi qu’on offre la possibilité à des cadres en entreprise, à des jeunes qui ont déjà une expérience, d’aider d’autres jeunes, de leur faire confiance, de les accompagner, de leur apporter leur propre exemple de vie »

C’est dans cette lancée qu’en 2019, huit associations françaises proposant des actions mentorat ont créé le « Collectif mentorat » afin de favoriser le développement du mentorat en France. L’objectif de ce collectif est de montrer l’importance du mentorat, élargir son accès à tous et linscrire dans les politiques publiques.

Comme le rapportait le journal le Monde dans un de ses articles en 2021, ce dispositif a mis longtemps avant de trouver son public. Cependant, on a pu remarquer une évolution depuis quelques années, et notamment à la suite de la pandémie, avec une prise de conscience de l’importance que peut représenter le mentorat.

Dans ce cadre nous avons eu l’occasion d’interroger Madame Léonie Baratou qui a décidé de réaliser son service civique au sein de l’une des associations membres du collectif mentorat, l’association AFEV, qui a pour objet la « lutte contre les inégalités éducatives et la création de liens solidaires entre campus et quartiers populaires. ». Son engagement dans le développement du mentorat en France ne s’arrête pas là puisqu’elle vient tout juste de commencer à travailler au sein d’une autre association du même collectif : « Article 1 ».

1. Une présentation de votre parcours et de votre métier

J’ai réalisé des études de droit entre Toulouse et Barcelone et j’ai fini par un master en « Gestion d’ONG et créations de projets sociaux ». Cependant ma deuxième année de master a eu lieu durant le Covid donc j’ai fait mon stage en distanciel, ce qui ne m’a pas permis de développer toutes les compétences professionnelles que je souhaitais développer avant de me lancer dans la “vie active”. Je me suis ainsi tournée vers le service civique et j’ai choisi l’association AFEV de Nanterre (92000). J’ai décidé d’opter pour la mission « lutter contre les inégalités socio-éducatives au sein des quartiers défavorisés ». Pour ce faire, j’ai notamment pu coordonner le mentorat de 23 binômes « jeunes et étudiants » Aujourd’hui j’ai commencé un CDD de neuf mois en tant que “chargée de déploiement », au sein de l’association « Article 1 ». Il s’agit d’une association qui propose également du mentorat.

2. Considérez-vous que le mentorat soit encore trop sous-développé en France ?

Depuis le plan “un jeune un mentor” voulu par Emmanuel Macron, il y a eu une avancée spectaculaire dans le nombre de jeunes accompagnés à travers des actions de mentorat. En effet, les subventions qui ont émané de ce plan ont permis aux associations de grandir et de mentorer de plus en plus de jeunes. Il faut poursuivre cet effort et cette progression car c’est un dispositif qui porte ses fruits.

3. En quoi consiste le mentorat au sein de l’Association AFEV ? En quoi consiste l’accompagnement ?

Pour résumer, le mentorat au sein de l’association AFEV consiste en l’accompagnement d’un.e jeune par un.e étudiant.e durant environ deux heures par semaine. L’étudiant.e aide le.la jeune à prendre confiance en lui.elle, lui donne envie d’apprendre, de découvrir son territoire et l’encourage à développer sa curiosité à travers par exemple des rencontres à la médiathèque, des sorties au musée etc.

4. Pourquoi peut -il être intéressant de commencer des actions de mentorat dès le collège/lycée, voire la primaire ?

Le mentorat permet de prendre confiance en soi, de s’ouvrir à de nouvelles choses, de développer sa curiosité ; autant de choses qui permettent à un enfant/jeune de se développer.

5. En quoi des initiatives de mentorat telles que celle réalisée au sein de l’Association AFEV peut avoir un impact sur l’égalité des chances et ainsi contribuer à la lutte contre les inégalités ?

Le mentorat est une aide vers l’ouverture culturelle et c’est un moyen de donner aux jeunes des outils pour pallier le manque d’opportunités face auxquelles ils.elles peuvent se retrouver, en fonction de leur milieu social notamment. Le mentorat vient donc en quelques sortes combler et rééquilibrer dans certains domaines, le fossé qui peut se creuser entre personnes provenant de différentes classes sociales.

6. Le mentorat joue-t-il selon vous un rôle important dans la confiance en soi ?

Par le mentorat, le.la jeune mentoré.e se sentira pris.e en compte et valorisé.e, ce qui favorise forcément une prise de confiance en lui.elle. De la même façon, pour le.la mentor.e, c’est un moyen de développer un lien avec un.e jeune, de lui apporter des outils et des moments positifs. Cela amène également à l’augmentation de sa confiance en soi.

7. En quoi le mentorat peut être considéré comme une parfaite illustration de deux des valeurs républicaines les plus importantes en France soit : l’Égalité et la Fraternité.

Pour la fraternité, je dirais qu’entre le.la jeune et le.la mentor.e, se crée un réel lien de confiance. Il s’agit d’établir une connexion avec un.e mentor.e, qui n’est pas une personne de la famille et qui ne représente pas non plus une forme d’autorité comme ça peut être le cas à l’école avec les professeurs par exemple. Il s’agit donc d’une sorte de relation de confiance qui se développe, justement grâce à la fraternité, entre deux personnes au départ inconnues et venant souvent de milieux complètement différents.

Concernant l’Égalité, le mentorat permet de corriger, au moins partiellement, le déséquilibre qu’il peut y avoir entre les jeunes issus de quartiers défavorisés, qui cumulent généralement un grand nombre de difficultés, et les autres jeunes qui ne sont généralement pas confrontés aux mêmes obstacles. Ainsi, le mentorat tend vers l’égalité des chances à travers notamment l’égalité d’accès aux sorties culturelles, entre autres.

8. Que vous a apporté le mentorat personnellement, en tant que mentore ?

Le mentorat m’a beaucoup apporté personnellement. J’ai appris à être créative dans mes propositions de sorties et d’activités d’accompagnement. J’ai également développé ma capacité à être à l’écoute du jeune, à créer un lien de confiance avec lui et sa famille. J’ai des souvenirs très précieux de mon accompagnement.

Publié par Juristes D'avenir

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