Le mentorat au sein de l’association La Courte Echelle, fondée par Youssef Badr

Quel est le public visé par votre association ?

L’association La Courte Echelle s’adresse à tous les étudiants en droit quelle que soit leur localisation sur le territoire national (métropole et Outre-Mer) et qui sont au minimum en 2ème année. J’ai eu l’idée et surtout l’envie de mettre en lien des étudiants en droit avec des professionnels du droit.

Le premier objectif de l’association est de lutter contre le décrochage universitaire en permettant à des étudiants dans le besoin, grâce à une action de mentorat, de bénéficier de soutien et de conseils afin de les aider à poursuivre leurs études. L’association reçoit également des demandes de personnes en reconversion professionnelle et souhaitant embrasser une carrière dans le milieu du droit. Nous nous assurons que la personne est déjà engagée dans le processus de reconversion et si c’est le cas, nous regardons comment nous pouvons l’aider au mieux.

Si je résume, l’association s’adresse uniquement aux étudiants en droit.

Dans quel domaine les étudiants ont-ils le plus besoin d’être accompagnés ?

Les demandes des étudiants sont très variées.

Dans la grande majorité des cas, les étudiants qui nous écrivent souhaitent être parrainés et accompagnés dans leurs études. Nous tentons de les mettre en contact avec des professionnels directement en lien avec leurs projets professionnels.

D’autres étudiants nous écrivent pour obtenir des stages. Nous avons pu trouver plusieurs dizaines stages depuis le lancement de l’association mais nous ne pouvons pas toujours donner satisfaction à tout le monde naturellement. Cela dépend évidemment des offres de stage disponibles à la période où les demandes sont faites.

Enfin, l’association reçoit énormément de demandes d’étudiants qui souhaitent des renseignements sur l’orientation et/ou en demande de soutien car ils traversent une période compliquée. L’association tente d’y répondre au mieux en mettant en place des liens entre certains étudiants très en difficulté et des professionnels investis qui souhaitent consacrer du temps à un étudiant.

Pouvez-vous nous donner un exemple de parcours d’étudiant mentoré qui vous a marqué ?

Je pourrais vous en donner plein.

Spontanément, je pense naturellement à un étudiant que je parraine depuis 4 ans maintenant (bien avant la création de La Courte Echelle) qui était à l’époque à l’IUT Carrières juridiques à la faculté de Villetaneuse et qui aujourd’hui est en 5ème. Il a pu réaliser plusieurs stages notamment à la Chancellerie lorsque j’étais Porte-Parole du Ministère de la justice. C’est une étudiant brillant que j’ai modestement aidé et accompagné dans les moments où il en avait besoin. Cet étudiant se prépare à passer le concours de l’INSP (ancien concours de l’ENA) l’année prochaine. Je dois avouer que s’il le décroche, je serai sûrement très heureux et ému à la fois.

Je pense que le parrainage peut amener cela, à savoir un soutien à des moments clés durant les études. Ces petits coups de pouce, qui pour nous paraissent anodins, sont précieux pour les étudiants en demande

Comment procédez-vous pour faire connaître votre association aux mentors et aux mentorés ?

La Courte Echelle s’est fait et se fait connaître par deux moyens :

D’une part, par les médias, notamment les réseaux sociaux puisque nous sommes présents sur Twitter, Linkedin et Instagram. Ces moyens marchent assez bien car nous recevons la majorité de nos demandes par ce biais-là. La Courte Echelle a aussi bénéficié de plusieurs articles de presse notamment dans Le Monde, Actu-juridique ou encore dans La Semaine Juridique ce qui lui a donné aussi pas mal de visibilité.

D’autre part, le bouche-à-oreille dans le milieu étudiant marche assez bien. Beaucoup d’étudiants nous écrivent en nous disant qu’on leur a a recommandé l’association.

Après, j’insiste sur le fait que l’association a seulement 6 mois et elle débute. Nous avons énormément de demandes et nous tenons à répondre à tout le monde. Néanmoins, nous sommes conscients que nous ne pourrons jamais aider tous les étudiants faute de moyens. Je le regrette mais c’est un principe de réalité.

Quel est l’intérêt selon vous de favoriser le mentorat en droit précisément ?

Tout d’abord parce que cela n’existe pas. Des structures favorisant et développant le mentorat existent mais elles touchent soit tous les domaines de façon générale, soit des cursus en particulier. Le mentorat est encore étranger au milieu du droit alors qu’il donne des résultats spectaculaires, sur le court, moyen ou long terme.

Aussi, l’intérêt de développer le mentorat dans le milieu du droit est qu’il permet d’accompagner les étudiants pendant les études de droit. Comme d’autres cursus, ces études sont très longues et l’issue est souvent incertaine. De nombreux étudiants m’expliquent depuis des années qu’en s’engageant dans cette voie, ils n’ont aucune certitude d’aller jusqu’au bout. Ils savent qu’ils s’engagent dans le meilleur des cas pour 5 années mais ils sont conscients que des difficultés dans leur vie personnelle et dans leurs études peuvent rallonger grandement le cursus. Ce qui constituait déjà à l’époque un marathon est devenu aujourd’hui un parcours d’obstacles puisque se sont ajoutées des difficultés dans le cheminement des études comme la sélection en Master 1, la nécessité impérative de faire des stages pendant les études afin de se présenter à certains concours de la fonction publique ou la précarité étudiante qui est de plus en plus marquée.

Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, l’envie de mettre en place du mentorat est avant tout de permettre à des étudiants issus des milieux les plus modestes d’accéder à des concours très sélectifs de la haute fonction publique.

Le mentorat est très développé dans d’autres pays comme le Canada ou l’Allemagne. Pourquoi est-ce moins le cas en France ?

Sincèrement, je ne sens pas légitime pour répondre à cette question qui est complexe et mérite de la réflexion. Mais si je raisonne par rapport à ma propre expérience d’étudiant, je dirais que le système universitaire français repose sur une conception très individualiste des études. Vous êtes maître et responsable de vos études. Si vous réussissez tant mieux pour vous mais si vous décrochez ou si vous échouez, vous disparaissez du système universitaire. Il n’y a pas de parachute dans les études supérieures.

Youssef Badr (Magistrat, Président et membre de l’association La Courte Echelle)

Publié par Juristes D'avenir

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