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Article 24 Loi du 6 Juillet 1989 : Droits Locatifs et Délais

Article 24 Loi du 6 Juillet 1989 : Droits Locatifs et Délais

Vous êtes propriétaire et votre locataire ne paie plus son loyer ? Vous êtes locataire et vous venez de recevoir un commandement de payer ? Quels sont vos droits et les délais à respecter avec les nouvelles règles de 2023 ?

Cet article décrypte en détail l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 qui régit les procédures d’impayés locatifs, avec un focus sur les modifications récentes qui ont réduit les délais et renforcé les obligations de chaque partie.

L’Article 24 de la Loi de 1989 : Texte et Fonctionnement Initial

L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 encadre la résiliation du bail en cas de manquement du locataire à ses obligations de paiement. Ce texte fondamental prévoit l’insertion d’une clause résolutoire qui permet au propriétaire de mettre fin au contrat de location.

La clause résolutoire s’applique dans deux situations précises : le défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus, et le non-versement du dépôt de garantie à la signature du bail. Quand ces conditions sont remplies, le propriétaire peut engager une procédure de résiliation.

Le mécanisme initial prévoyait qu’un commandement de payer soit délivré au locataire défaillant. Ce document officiel, remis par huissier de justice (désormais appelé commissaire de justice), donnait au locataire un délai de 2 mois pour régulariser sa situation. Si le paiement n’intervenait pas dans ce délai, la clause résolutoire produisait ses effets et le bail était résilié de plein droit.

Extrait Article 24 – Version historique

Le texte originel précisait que la clause résolutoire prenait effet un mois après un commandement de payer demeuré infructueux, puis ce délai a été porté à deux mois pour mieux protéger les locataires en difficulté temporaire.

Cette procédure visait un équilibre entre la protection du propriétaire face aux impayés et le maintien dans les lieux du locataire de bonne foi qui pouvait traverser une période difficile.

La Révolution de la Loi du 27 Juillet 2023 : Ce Qui Change Vraiment pour l’Article 24

La loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, dite loi ‘Anti-squat’, a profondément modifié l’article 24. L’objectif affiché du législateur était d’accélérer les procédures d’expulsion pour lutter contre les occupations illicites, mais ces changements impactent directement tous les baux d’habitation.

Le changement le plus visible concerne le délai accordé au locataire après le commandement de payer : il passe de 2 mois à 6 semaines seulement. Cette réduction de 15 jours peut paraître minime, mais elle comprime significativement le temps dont dispose le locataire pour trouver une solution.

Autre modification majeure : la clause résolutoire devient obligatoire dans tous les contrats de bail d’habitation. Auparavant facultative, elle doit désormais figurer systématiquement dans le contrat. Cette généralisation facilite les procédures d’expulsion pour les propriétaires.

Le contenu du commandement de payer a également évolué. Il doit maintenant mentionner explicitement le délai de 6 semaines, informer le locataire sur les coordonnées du Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) et la juridiction compétente en cas de contestation, et rappeler la possibilité de demander des délais de paiement au juge.

CaractéristiqueAvant Loi du 27/07/2023Après Loi du 27/07/2023
Délai après commandement2 mois6 semaines
Clause résolutoireFacultative (si absente, résolution judiciaire)Obligatoire dans tout contrat de bail
Contenu commandementMentions spécifiques (délai 2 mois)Mentions renforcées (délai 6 semaines, FSL, juridiction, délai de grâce)
Notification cautionOui (15 jours)Oui (15 jours)
Signalement CCAPEXSous conditions (montant/ancienneté dette)Dès 2 mois d’impayés ou 2x loyer HC
Notification assignation État2 mois avant audience6 semaines avant audience
Ces modifications visent une plus grande réactivité des procédures d’expulsion. Le législateur a voulu donner aux propriétaires des outils plus rapides pour récupérer leur bien, tout en maintenant des mécanismes de protection pour le locataire via le signalement renforcé aux organismes sociaux.

Le rôle du commissaire de justice est également renforcé. Il doit désormais informer systématiquement le locataire des dispositifs d’aide sociale disponibles et transmettre les dossiers à la CCAPEX (Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives) dès que certains seuils sont atteints.

Application dans le Temps : Les Contrats de Bail en Cours Sont-ils Impactés ?

La question de l’application de cette nouvelle loi aux baux signés avant le 27 juillet 2023 a créé une confusion importante sur le terrain. Les propriétaires se demandaient s’ils pouvaient appliquer immédiatement le délai de 6 semaines aux contrats en cours.

Le droit français repose sur deux principes : la non-rétroactivité des lois (une loi nouvelle ne s’applique pas aux situations passées) et l’effet immédiat des lois d’ordre public sur les effets légaux des contrats. Mais qu’en est-il pour l’article 24 ?

La Cour de Cassation a tranché cette question dans un avis du 13 juin 2024 (n°15007 P+B). Elle a précisé que les dispositions modifiant les délais ne s’appliquent pas immédiatement aux clauses contractuelles des baux en cours si ces clauses prévoient un délai spécifique.

Décryptage Juridique : L’Avis de la Cour de Cassation

Selon cet avis, si votre bail signé avant juillet 2023 contient une clause résolutoire mentionnant expressément un délai de 2 mois, c’est ce délai qui continue de s’appliquer. En revanche, si la clause ne précise aucun délai et renvoie simplement ‘aux dispositions légales en vigueur’, alors le nouveau délai de 6 semaines s’applique immédiatement.

Concrètement, pour un propriétaire avec un bail ancien, il faut vérifier le libellé exact de la clause résolutoire inscrite dans le contrat. Pour un locataire qui reçoit un commandement de payer, il faut contrôler que le délai mentionné correspond bien à celui prévu dans le bail signé.

Cette subtilité juridique peut avoir des conséquences pratiques importantes. Un commandement de payer mentionnant un délai de 6 semaines pour un bail ancien prévoyant 2 mois pourrait être contesté devant le juge.

Les Droits et Recours du Locataire Face aux Impayés

L’article 24 ne laisse pas le locataire sans protection. Plusieurs dispositifs existent pour éviter l’expulsion d’un locataire de bonne foi confronté à des difficultés financières temporaires.

Le locataire peut saisir le juge pour obtenir des délais de paiement allant jusqu’à 3 ans, conformément à l’article 1343-5 du Code civil. Ces délais ne sont pas automatiques : le juge examine la situation au cas par cas. Il vérifie notamment que le locataire est de bonne foi et qu’il a repris le paiement du loyer courant.

Pendant que ces délais courent, la clause résolutoire est suspendue. Le locataire reste dans les lieux et doit respecter le plan de paiement fixé par le tribunal. Si les échéances sont respectées, l’expulsion n’a pas lieu.

Le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) constitue une aide précieuse. Cet organisme peut prendre en charge tout ou partie des dettes locatives, sous conditions de ressources. Le locataire doit en faire la demande rapidement, idéalement dès les premières difficultés.

La CCAPEX intervient également dans les situations d’impayés. Cette commission coordonne les actions de prévention et peut mobiliser différentes aides (FSL, Action Logement, services sociaux) pour éviter l’expulsion. Le commissaire de justice doit la saisir automatiquement quand la dette atteint certains montants.

Pour les locataires en situation de surendettement, la protection est renforcée. La saisine de la commission de surendettement suspend les procédures d’expulsion pendant l’examen du dossier. Si un plan de redressement est validé, la dette locative y est intégrée.

Les Obligations Spécifiques du Bailleur

Le propriétaire qui souhaite engager une procédure de résiliation doit respecter plusieurs étapes obligatoires. Le non-respect de ces formalités peut entraîner l’annulation de la procédure.

Pour les bailleurs personnes morales (sociétés, SCI, bailleurs sociaux), la saisine de la CCAPEX est obligatoire avant toute assignation en justice. Cette obligation permet une intervention précoce des services sociaux pour tenter de trouver une solution amiable.

Le bailleur doit également notifier l’assignation en justice au représentant de l’État dans le département au plus tard 6 semaines avant l’audience (contre 2 mois auparavant). Cette notification déclenche la réalisation d’un diagnostic social et financier du locataire.

  • Délivrer un commandement de payer conforme avec toutes les mentions légales obligatoires
  • Informer la caution dans les 15 jours suivant le défaut de paiement
  • Saisir la CCAPEX selon les critères prévus par la loi (bailleurs personnes morales ou dette importante)
  • Notifier l’assignation à la préfecture dans les délais
  • Attendre l’expiration du délai de 6 semaines (ou 2 mois selon le bail) avant toute action en justice

Le propriétaire qui oublie de notifier la caution dans le délai de 15 jours ne peut plus lui réclamer les sommes correspondant à la période entre le défaut de paiement et la notification. Cette sanction vise à protéger la caution contre les retards de notification.

Les bailleurs personnes physiques (particuliers) ont des obligations allégées concernant la CCAPEX. Ils ne sont tenus de la saisir que si la dette atteint le double du loyer mensuel hors charges ou représente au moins deux mois d’impayés.

FAQ sur l’Article 24 et les Impayés Locatifs

Que faire si je reçois un commandement de payer ?

Ne l’ignorez pas. Vous avez 6 semaines (ou 2 mois selon votre bail) pour régulariser. Contactez immédiatement votre propriétaire pour trouver un arrangement, sollicitez le FSL de votre département et consultez un avocat ou une association de défense des locataires pour vérifier la validité du commandement.

Un commandement de payer peut-il être annulé ?

Oui, s’il ne respecte pas les mentions obligatoires (délai erroné, absence d’information sur le FSL, défaut de notification à la caution) ou si la dette réclamée est contestable (paiements effectués non pris en compte, charges non justifiées). Vous devez saisir le juge dans les plus brefs délais.

Combien de temps faut-il pour une procédure d’expulsion ?

Entre le commandement de payer et l’expulsion effective, comptez généralement 4 à 8 mois minimum. Le délai après commandement (6 semaines), la procédure judiciaire (2 à 4 mois selon l’encombrement du tribunal), le délai d’appel éventuel et l’intervention du commissaire de justice pour l’expulsion rallongent le processus.

Quel est le rôle du commissaire de justice ?

Il délivre le commandement de payer, vérifie qu’il contient toutes les mentions légales, informe le locataire sur ses droits et les aides disponibles, transmet le dossier à la CCAPEX si nécessaire, et procède à l’expulsion si le juge l’ordonne. C’est un officier ministériel impartial.

La caution est-elle toujours engagée ?

Oui, si elle a été correctement informée du défaut de paiement dans les 15 jours. Elle peut être poursuivie pour l’intégralité de la dette locative. La caution peut cependant demander des délais de paiement au juge ou invoquer certains motifs de décharge si le propriétaire n’a pas respecté ses obligations.

Puis-je négocier ma dette locative ?

Absolument. La négociation amiable est toujours préférable à une procédure judiciaire. Proposez un échéancier réaliste à votre propriétaire, reprenez le paiement du loyer courant pour montrer votre bonne foi, et sollicitez les aides du FSL ou d’Action Logement pour apurer tout ou partie de la dette.

Où trouver de l’aide financière en cas d’impayés ?

Contactez le FSL de votre département (coordonnées disponibles en mairie ou sur le site du conseil départemental), les services sociaux de votre commune, Action Logement si vous êtes salarié du secteur privé, ou les associations caritatives (Croix-Rouge, Secours Catholique, etc.) qui proposent parfois des aides d’urgence.

Naviguer dans la Complexité Légale

L’article 24 de la loi de 1989 reste le pilier de la gestion des impayés locatifs. Les modifications de juillet 2023 ont raccourci les délais et systématisé certaines procédures, mais les protections pour le locataire de bonne foi demeurent.

La réduction du délai de 6 semaines accélère les procédures, mais n’élimine pas les recours possibles. L’équilibre entre les droits du propriétaire et la protection du locataire reste au cœur du dispositif, avec l’intervention des organismes sociaux et du juge.

Que vous soyez propriétaire ou locataire, vérifiez toujours le contenu précis de votre bail, particulièrement le libellé de la clause résolutoire. En cas de difficulté, agissez vite et cherchez conseil auprès de professionnels du droit immobilier.

Une question sur vos droits ou obligations en matière d’impayés locatifs ?

Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier pour obtenir un conseil personnalisé adapté à votre situation. Les enjeux juridiques et financiers justifient un accompagnement professionnel.

Julien

Julien

Juriste passionné, partageant expertise et analyses pour éclairer les professionnels du droit.