Vous préparez une succession avec un proche en Allemagne ? Vous vous demandez quelles règles s’appliquent et comment éviter les erreurs fiscales coûteuses ? La complexité du droit allemand et les implications transfrontalières peuvent vite devenir un casse-tête.
Ce guide vous explique le fonctionnement du droit de succession en Allemagne, les démarches à suivre et les stratégies pour optimiser la transmission de votre patrimoine entre la France et l’Allemagne.
Le Cadre Juridique du Droit de Succession en Allemagne (BGB)
Le droit successoral allemand repose sur le Code civil allemand, le BGB (Bürgerliches Gesetzbuch). Ce texte définit les règles de transmission du patrimoine après un décès.
Contrairement au système français qui privilégie une approche protectrice des héritiers réservataires, le droit allemand offre une plus grande liberté testamentaire. Le défunt peut organiser sa succession de manière plus flexible, tout en respectant certaines protections minimales.
Les ordres de succession légale allemande : qui hérite en l’absence de testament ?
Quand il n’y a pas de testament, la loi allemande prévoit quatre ordres de succession :
- Premier ordre : Les descendants directs (enfants, petits-enfants). Ils héritent en priorité et excluent les autres ordres.
- Deuxième ordre : Les parents du défunt et leurs descendants (frères, sœurs, neveux, nièces). Ils héritent seulement si aucun héritier du premier ordre n’existe.
- Troisième ordre : Les grands-parents et leurs descendants (oncles, tantes, cousins).
- Quatrième ordre : Les arrière-grands-parents et leurs descendants.
Le conjoint survivant bénéficie d’un statut particulier. Sa part dépend du régime matrimonial et de l’ordre de succession applicable. En général, il hérite d’un quart de la succession en présence d’enfants, et davantage si seuls des héritiers du deuxième ordre ou suivants existent.
Les types de testaments reconnus en Allemagne
Le droit allemand reconnaît plusieurs formes de testaments :
- Testament olographe : Rédigé entièrement à la main par le testateur, daté et signé. Simple et gratuit.
- Testament authentique : Établi devant un notaire allemand, qui garantit sa validité juridique et sa conservation.
- Testament conjoint des époux : Particularité allemande permettant aux époux de rédiger un seul testament commun, souvent utilisé pour organiser la succession familiale.
La ‘Pflichtteil’ : Comprendre la part réservataire allemande et ses différences avec la France
La grande différence entre la France et l’Allemagne réside dans la nature de la réserve héréditaire.
En France, la réserve héréditaire donne un droit de propriété direct sur une part minimale du patrimoine. Les enfants deviennent automatiquement propriétaires d’une fraction du patrimoine.
En Allemagne, la Pflichtteil est un droit de créance en argent. Les héritiers réservataires (descendants, parents, conjoint) peuvent réclamer la moitié de la valeur de leur part légale, mais n’ont pas de droit automatique sur les biens eux-mêmes.
Exemple concret : Si un enfant aurait hérité de 100 000 € selon la loi, sa Pflichtteil s’élève à 50 000 €. Il peut réclamer cette somme, mais ne devient pas propriétaire des biens de la succession.
Le pacte de succession future : une particularité allemande
L’Allemagne autorise les pactes successoraux (Erbvertrag), interdits en France sauf exceptions. Ce contrat permet d’organiser sa succession de son vivant avec certains héritiers.
Ce pacte doit être établi devant notaire et engage les deux parties. Il offre une sécurité juridique pour planifier la transmission d’entreprises familiales ou de patrimoines complexes.
Droit Applicable aux Successions Franco-Allemandes : le Règlement Européen n° 650/2012
Depuis 2015, le Règlement européen n° 650/2012 simplifie les successions internationales dans l’Union européenne. Ce texte harmonise la détermination de la loi applicable.
Le principe de la résidence habituelle du défunt
Par défaut, la loi applicable à une succession est celle du pays de résidence habituelle du défunt au moment du décès.
La résidence habituelle se détermine selon plusieurs critères : lieu de vie principal, centre des intérêts personnels et professionnels, attaches familiales et sociales. Ce n’est pas forcément le domicile fiscal.
Exemple : Un Français travaillant en Allemagne depuis 15 ans, marié à une Allemande, avec des enfants scolarisés en Allemagne, aura très probablement sa résidence habituelle en Allemagne. Sa succession sera régie par le droit allemand.
La ‘professio juris’ : choisir la loi de sa nationalité
Le règlement européen permet une exception importante : la professio juris. Vous pouvez choisir que votre succession soit régie par la loi de votre nationalité, même si vous résidez ailleurs.
Ce choix doit être exprimé expressément dans un testament ou un acte notarié. Il permet aux Français résidant en Allemagne de soumettre leur succession au droit français si c’est leur préférence.
Attention : ce choix concerne uniquement la loi applicable à la succession, pas la fiscalité. Les impôts restent dus selon les règles fiscales de chaque pays.
Le Certificat Successoral Européen (CSE) : un outil clé
Le CSE est un document unique reconnu dans tous les États membres. Il atteste de la qualité d’héritier, de légataire ou d’exécuteur testamentaire.
Ce certificat facilite grandement les démarches dans les successions transfrontalières. Vous pouvez l’obtenir auprès des autorités compétentes du pays dont relève la succession (tribunal ou notaire selon les États).
La Fiscalité des Successions en Allemagne : Abattements, Taux et Double Imposition
La fiscalité successorale allemande est distincte du droit applicable. Même si le droit français régit votre succession, vous devrez payer des impôts allemands sur les biens situés en Allemagne.
Abattements applicables aux droits de succession en Allemagne
L’Allemagne applique des abattements fiscaux particulièrement généreux, surtout pour les proches :
| Lien de parenté | Classe fiscale | Montant de l’abattement (€) |
|---|---|---|
| Conjoint / Partenaire | 1 | 500 000 |
| Enfants | 1 | 400 000 |
| Petits-enfants | 1 | 200 000 |
| Parents et grands-parents | 1 | 100 000 |
| Frères, sœurs, neveux, nièces | 2 | 20 000 |
| Autres personnes | 3 | 20 000 |
Ces abattements sont nettement supérieurs aux abattements français. Un enfant bénéficie de 400 000 € d’abattement en Allemagne contre 100 000 € en France.
Les taux d’imposition sur les successions en Allemagne
Les taux varient selon le montant hérité (après abattement) et la classe fiscale du bénéficiaire :
| Héritage net après abattement (€) | Classe 1 (%) | Classe 2 (%) | Classe 3 (%) |
|---|---|---|---|
| Inférieur à 75 000 | 7 | 15 | 30 |
| Inférieur à 300 000 | 11 | 20 | 30 |
| Inférieur à 600 000 | 15 | 25 | 30 |
| Inférieur à 6 M€ | 19 | 30 | 30 |
| Inférieur à 13 M€ | 23 | 35 | 50 |
| Inférieur à 26 M€ | 27 | 40 | 50 |
| Supérieur à 26 M€ | 30 | 43 | 50 |
La classe 1 concerne les conjoints, enfants et petits-enfants. La classe 2 regroupe parents, frères et sœurs. La classe 3 s’applique aux autres bénéficiaires.
Éviter la double imposition : la convention fiscale franco-allemande
La convention fiscale entre la France et l’Allemagne évite une double imposition sur les mêmes biens. Le principe général : chaque pays taxe les biens situés sur son territoire.
Exemple concret : Vous héritez d’une maison en Allemagne et d’un appartement en France. L’Allemagne taxe la maison, la France taxe l’appartement. Chaque pays applique ses propres taux et abattements.
Pour les héritiers résidents en France qui paient des droits en Allemagne, la France accorde un crédit d’impôt pour éviter la double taxation. Ce crédit est limité au montant de l’impôt français qui aurait été dû.
Les liquidités et valeurs mobilières sont généralement taxées dans le pays de résidence du défunt. Mais les règles peuvent varier selon les situations. Un accompagnement fiscal spécialisé est souvent nécessaire.
Les donations : anticiper la succession
L’Allemagne applique les mêmes abattements et taux pour les donations que pour les successions. Mais ces abattements se renouvellent tous les 10 ans.
Stratégie : Anticiper en donnant tous les 10 ans permet d’utiliser plusieurs fois les abattements et de réduire significativement la facture fiscale finale.
Quelles Démarches pour Gérer une Succession en Allemagne ?
Les premières étapes après un décès en Allemagne
- Faire constater le décès par un médecin et obtenir un certificat de décès.
- Déclarer le décès à l’état civil (Standesamt) dans les 3 jours.
- Rechercher un éventuel testament auprès du registre central des testaments (Zentrales Testamentsregister).
- Identifier les héritiers et leurs droits selon le testament ou la loi.
Le notaire ou le tribunal compétent (Nachlassgericht) peut délivrer un certificat d’hérédité allemand (Erbschein) attestant de votre qualité d’héritier.
Accepter ou renoncer à la succession
En Allemagne, vous avez 6 semaines pour accepter ou refuser une succession. Ce délai passe à 6 mois si vous résidez à l’étranger ou si le défunt résidait hors d’Allemagne.
La renonciation doit être formelle, par déclaration devant le tribunal ou un notaire. Sans réaction de votre part dans les délais, vous êtes réputé accepter la succession, y compris les dettes éventuelles.
L’importance du livre foncier (Grundbuch) pour les biens immobiliers
Pour tout bien immobilier en Allemagne, l’inscription au livre foncier (Grundbuch) tenu par le tribunal local (Grundbuchamt) fait foi de la propriété.
Vous devez faire inscrire votre nouveau statut de propriétaire. Cette démarche nécessite généralement un certificat d’hérédité ou un CSE, et l’intervention d’un notaire.
Sans inscription, vous ne pouvez pas vendre ou hypothéquer le bien.
Droit de Succession France vs Allemagne : Points Clés à Retenir
Voici une synthèse comparative pour vous aider à comprendre les différences fondamentales entre les deux systèmes :
| Caractéristique | Droit Français | Droit Allemand |
|---|---|---|
| Loi applicable (UE) | Résidence habituelle ou nationalité (choix) | Résidence habituelle ou nationalité (choix) |
| Réserve héréditaire | Droit de propriété directe sur une part du patrimoine | Droit de créance (Pflichtteil) en argent |
| Conjoint survivant | Exonéré de droits de succession (en France) | Bénéficie d’abattements et d’une part légale (imposable) |
| Abattements (enfants) | 100 000 € (par enfant) | 400 000 € (par enfant) |
| Taux max. ligne directe | 45% | 30% |
| Pacte de succession future | Interdit (sauf exceptions) | Autorisé |
Ces différences peuvent avoir un impact majeur sur votre stratégie patrimoniale. Le système allemand offre généralement plus de souplesse et une fiscalité plus avantageuse pour les proches parents.
Questions Fréquentes sur les Successions en Allemagne
Non, pas totalement. Un enfant conserve toujours son droit à la Pflichtteil (moitié de sa part légale en argent), sauf cas exceptionnels prévus par la loi (indignité, violence grave envers le défunt).
Il n’y a pas de délai légal strict, mais la déclaration fiscale doit être déposée dans les 3 mois après connaissance du décès. Le règlement complet dépend de la complexité de la succession (quelques mois à plusieurs années).
Consultez le registre central des testaments (Zentrales Testamentsregister). Le tribunal compétent (Nachlassgericht) peut aussi effectuer cette vérification lors de l’ouverture de la succession.
Potentiellement oui, mais la convention fiscale évite une double taxation complète. Chaque pays taxe en principe les biens situés sur son territoire. La France accorde un crédit d’impôt pour les droits payés en Allemagne.
Conclusion
Le droit de succession allemand présente des différences majeures avec le système français, notamment concernant la réserve héréditaire et la fiscalité. Les abattements généreux et les taux modérés en Allemagne peuvent représenter un avantage significatif.
La complexité des successions transfrontalières nécessite une planification anticipée. Comprendre le Règlement européen, les conventions fiscales et les démarches pratiques vous permet d’éviter des erreurs coûteuses et de protéger vos proches.
Notre conseil : Consultez un avocat ou un notaire spécialisé en droit franco-allemand dès que possible. Une expertise professionnelle est essentielle pour optimiser votre situation et sécuriser la transmission de votre patrimoine.



