Vous ne vous présentez plus au travail et vous vous demandez ce qui va se passer ? La question principale est simple : après un abandon de poste, peut-on toucher le chômage ? La réponse n’est plus aussi évidente qu’avant.
Depuis une nouvelle loi, les règles ont changé. Tout dépend maintenant de la réaction de votre employeur. Cet article vous explique clairement vos droits au chômage après un abandon de poste selon les nouvelles règles.
Le grand changement depuis 2023 : la « présomption de démission »
Une loi importante est entrée en vigueur le 19 avril 2023. Avant cette date, un abandon de poste menait presque toujours à un licenciement pour faute. Le salarié pouvait alors toucher le chômage. Ce n’est plus automatique aujourd’hui.
Maintenant, si vous faites un abandon de poste, votre employeur peut considérer que vous êtes présumé démissionnaire. Et qui dit démission, dit pas de droit aux allocations chômage. C’est le changement majeur qui modifie toutes les conséquences de votre absence injustifiée.
Abandon de Poste et Chômage : La Réponse en un Tableau
Pour faire simple, votre droit au chômage dépend de la décision de votre employeur. Il y a deux scénarios possibles. Voici ce que vous devez retenir :
| Caractéristique | Scénario 1 : Présomption de Démission | Scénario 2 : Licenciement pour Faute Grave |
|---|---|---|
| Initiative de l’employeur | Envoie une mise en demeure de reprendre le travail | Lance une procédure disciplinaire classique |
| Conséquence | Votre contrat de travail est rompu (vous êtes démissionnaire) | Votre contrat de travail est rompu (vous êtes licencié) |
| Droit au chômage (ARE) ? | ❌ NON (considéré comme une privation volontaire d’emploi) | ✅ OUI (si les autres conditions sont remplies) |
La Procédure de Présomption de Démission en 3 Étapes Clés
Si votre employeur choisit la voie de la présomption de démission, il ne peut pas juste décider que vous êtes parti. Il doit suivre une procédure stricte, étape par étape.
Étape 1 : La mise en demeure
L’employeur doit d’abord vous envoyer une mise en demeure. Ce courrier, envoyé en lettre recommandée ou remis en main propre, doit vous demander deux choses : de justifier votre absence et de reprendre votre poste. Il doit aussi préciser les conséquences si vous ne répondez pas.
L’employeur doit vous laisser un délai minimum de 15 jours calendaires pour répondre. Ce délai commence à partir du jour où vous recevez la lettre. Il est donc crucial de ne pas ignorer ce courrier.
Étape 2 : Votre réponse (ou votre silence)
Une fois la mise en demeure reçue, plusieurs cas de figure se présentent :
- Vous répondez et reprenez le travail : la procédure s’arrête.
- Vous répondez avec un motif légitime : la procédure s’arrête (nous verrons les motifs plus bas).
- Vous ne répondez pas dans le délai : votre silence est interprété comme une volonté de démissionner.
Étape 3 : La rupture du contrat
Si à la fin du délai de 15 jours, vous n’avez pas repris le travail sans justification, vous êtes considéré comme démissionnaire. Le contrat de travail est rompu à cette date. L’employeur doit alors vous fournir vos documents de fin de contrat : certificat de travail, attestation France Travail (anciennement Pôle emploi) et solde de tout compte.
Dans Quels Cas la Présomption de Démission ne s’Applique Pas ?
Vous pouvez contester la présomption de démission si votre absence est justifiée. La loi prévoit des motifs légitimes qui protègent le salarié. Si vous êtes dans l’une de ces situations, votre employeur ne peut pas vous considérer comme démissionnaire.
Voici les principaux motifs reconnus :
- Raisons de santé : Si vous fournissez un arrêt de travail dans le délai imparti.
- Droit de retrait : Si vous quittez votre poste car vous estimez être face à un danger grave et imminent pour votre vie ou votre santé (ex: machine non sécurisée).
- Droit de grève : Votre absence est liée à un mouvement de grève légal.
- Faute de l’employeur : Si votre départ est une réaction à un manquement grave de l’employeur (harcèlement, non-paiement du salaire, etc.).
- Modification du contrat de travail : Si vous refusez une modification de votre contrat que vous n’êtes pas obligé d’accepter.
Dans ces cas, si vous informez votre employeur, la procédure d’abandon de poste ne peut pas être utilisée contre vous. Vous devez pouvoir justifier votre absence.
Quels Recours Possibles pour le Salarié ?
Vous pensez que votre employeur a abusivement utilisé la présomption de démission ? Vous n’êtes pas d’accord avec la rupture de votre contrat de travail ? Vous avez une solution : saisir le Conseil de prud’hommes.
Vous pouvez contester la rupture de votre contrat et demander sa requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Si les juges vous donnent raison, vous pourrez obtenir des indemnités. L’affaire doit être jugée rapidement, en théorie dans un délai d’un mois.
Et si je ne Touche Pas le Chômage ? Le Réexamen après 4 Mois
Si vous êtes considéré comme démissionnaire, vous n’aurez pas droit au chômage tout de suite. Mais tout n’est pas perdu. Il existe une procédure de réexamen de votre situation par France Travail.
Après 121 jours de chômage non indemnisé (environ 4 mois), vous pouvez demander à France Travail de revoir votre dossier. Pour que votre demande soit acceptée, vous devrez prouver que vous avez fait des recherches actives d’emploi pendant cette période. Il faut montrer que votre situation de chômage n’est pas volontaire.
Si votre demande est acceptée, vous pourrez alors percevoir l’allocation chômage (ARE), mais sans effet rétroactif. Pour en savoir plus, consultez les conditions générales d’attribution de l’ARE.
FAQ – Abandon de Poste et Chômage
Voici les réponses aux questions les plus fréquentes sur l’abandon de poste.
L’employeur peut-il encore me licencier pour faute grave ?
Oui. L’employeur n’est pas obligé d’utiliser la présomption de démission. Il peut toujours choisir de lancer une procédure de licenciement pour faute grave suite à votre absence injustifiée. C’est son choix. Dans ce cas, vous aurez droit au chômage.
Au bout de combien de jours d’absence parle-t-on d’abandon de poste ?
La loi ne fixe pas de délai précis. En pratique, une absence injustifiée de 3 ou 4 jours consécutifs est souvent suffisante pour que l’employeur réagisse et entame une procédure. Mais cela dépend de chaque entreprise.
Dois-je effectuer mon préavis si je suis présumé démissionnaire ?
Non. Dans le cas d’une présomption de démission, il n’y a pas de préavis. Le contrat de travail est rompu à la fin du délai de 15 jours fixé dans la mise en demeure, si vous ne reprenez pas le travail.



