La question du coût d’un refus de succession, on nous la pose très souvent. On va être direct avec vous : la démarche de base est gratuite, mais des frais annexes peuvent vite apparaître et compliquer votre décision. Entre les frais de notaire et les dettes cachées, il est facile de s’y perdre. On vous détaille ici tous les coûts possibles, la procédure exacte pour renoncer et les délais à ne pas manquer.
Coût d’un refus de succession : tableau récapitulatif 2024
| Type de frais | Coût pour l’héritier renonçant | Explication |
|---|---|---|
| Démarche de renonciation (faite soi-même) | 0 € (Gratuit) | Dépôt du formulaire Cerfa n° 15828*05 directement au greffe du tribunal judiciaire. |
| Démarche de renonciation (via un notaire) | Coût non réglementé (variable) | Les honoraires sont fixés librement par le notaire qui se charge de la rédaction et du dépôt de l’acte. |
| Dettes du défunt | 0 € | En renonçant, vous êtes considéré comme n’ayant jamais été héritier et n’avez pas à payer les dettes. |
| Frais de notaire de la succession (actes, inventaire…) | 0 € | Ces frais sont payés par les actifs de la succession, pas par l’héritier qui renonce. |
| Frais d’obsèques | Potentiellement à votre charge | Uniquement si vous êtes un ascendant (père, mère) ou descendant (enfant) et que les actifs de la succession sont insuffisants. |
Maintenant qu’on a vu l’essentiel, regardons chaque point en détail. C’est là que se cachent les nuances importantes pour votre décision.
La démarche de renonciation : gratuite ou payante ?
Vous avez deux options pour effectuer votre déclaration de renonciation à une succession. Votre choix aura un impact direct sur le coût final.
- Option 1 : La faire vous-même (gratuit). C’est la solution la plus économique. Il vous suffit de remplir un formulaire et de le déposer au greffe du tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt. La démarche en elle-même est totalement gratuite. Vous n’avez rien à payer au tribunal pour l’enregistrement de votre renonciation.
- Option 2 : Passer par un notaire (payant). Depuis la loi de modernisation de la justice de 2016, vous pouvez mandater un notaire pour qu’il s’occupe de tout. C’est plus simple, mais ce n’est pas gratuit. Le notaire va rédiger l’acte de renonciation et l’envoyer au tribunal. Le problème, c’est que les honoraires du notaire pour cet acte ne sont pas réglementés. Chaque étude fixe ses propres tarifs. On vous conseille de demander plusieurs devis avant de vous engager.
Les dettes du défunt : qui paie ?
C’est souvent la raison principale pour refuser un héritage : les dettes. La bonne nouvelle, c’est qu’en renonçant, vous vous protégez complètement. L’article 804 du Code civil est très clair : l’héritier qui renonce est censé n’avoir jamais été héritier. Par conséquent, vous n’avez aucune dette du défunt à régler, peu importe leur montant.
De la même manière, vous n’aurez pas à payer les frais liés au traitement de la succession par le notaire (inventaire, actes divers…). Ces frais sont toujours réglés grâce aux biens et à l’argent laissés par le défunt (l’actif successoral).
⚠️ Le piège des frais d’obsèques
C’est l’exception qu’il faut absolument connaître. Même si vous renoncez à la succession, vous pouvez être obligé de payer les frais d’obsèques. Pourquoi ? Parce que cette obligation ne découle pas du droit des successions, mais de l’obligation alimentaire entre parents et enfants.
Concrètement, si les biens de la succession ne suffisent pas à couvrir les frais d’obsèques, ce sont les descendants (enfants, petits-enfants) ou les ascendants (parents) qui doivent payer, même s’ils ont refusé l’héritage. Il existe toutefois une possibilité de se faire rembourser jusqu’à 5 000 € en faisant une demande sur les comptes bancaires du défunt.
Refuser un héritage : quelles sont les 3 options successorales ?
Avant de prendre une décision définitive, il est important de savoir que renoncer n’est pas votre seule possibilité. La loi vous offre trois choix, qu’on appelle « l’option successorale ». Votre décision doit être mûrement réfléchie, car elle a des conséquences importantes sur votre patrimoine personnel.
1. L’acceptation pure et simple
C’est l’option la plus courante quand la succession est saine. En choisissant cette voie, vous recevez votre part de l’héritage (les biens, l’argent) mais vous vous engagez aussi à payer les dettes du défunt. Attention, cette responsabilité est proportionnelle à vos droits dans la succession. Si vous héritez d’un tiers des biens, vous devez payer un tiers des dettes.
Le risque principal est que si les dettes dépassent la valeur des biens, vous devrez payer la différence avec votre propre argent. Votre patrimoine personnel est donc engagé.
2. L’acceptation à concurrence de l’actif net
C’est une solution de sécurité quand vous avez des doutes sur l’étendue des dettes. Cette option vous permet d’accepter l’héritage tout en protégeant votre patrimoine. Vous ne rembourserez les dettes du défunt que dans la limite de la valeur des biens que vous recevez.
Pour faire simple :
- Si l’héritage est de 10 000 € et les dettes de 5 000 €, vous recevez 5 000 € et les dettes sont payées.
- Si l’héritage est de 10 000 € et les dettes de 15 000 €, vous ne recevez rien, les 10 000 € de l’héritage servent à payer une partie des dettes, mais on ne pourra jamais vous réclamer les 5 000 € restants sur votre argent personnel.
C’est une procédure plus complexe qui nécessite de faire un inventaire précis des biens et des dettes par un notaire ou un commissaire de justice.
3. La renonciation à la succession
C’est l’option la plus radicale. En renonçant, vous êtes considéré comme n’ayant jamais hérité. Vous ne touchez aucun bien et ne payez aucune dette (sauf l’exception des frais d’obsèques, comme on l’a vu).
Il faut savoir que votre part d’héritage ne disparaît pas. Elle est redistribuée selon des règles précises. Le plus souvent, elle revient :
- À vos propres descendants (vos enfants, par exemple), qui devront à leur tour accepter ou refuser.
- À vos cohéritiers (vos frères et sœurs, par exemple), dont la part va augmenter.
C’est un point crucial si vous avez des enfants : votre renonciation leur transmet le « problème ». Ils devront eux aussi faire la démarche s’ils ne veulent pas hériter des dettes.
Comment renoncer à une succession : la procédure étape par étape
La procédure pour renoncer à un héritage est simple, mais elle demande de la rigueur. Il faut suivre scrupuleusement les étapes pour que votre déclaration soit bien enregistrée.
Étape 1 : Rassembler les documents obligatoires
Avant toute chose, vous devez réunir les pièces justificatives. Sans elles, votre dossier sera refusé. Voici la liste des documents à fournir :
- La copie intégrale de l’acte de décès du défunt.
- Votre copie intégrale d’acte de naissance, datant de moins de 3 mois.
- Une copie recto verso de votre pièce d’identité en cours de validité (carte d’identité, passeport).
Étape 2 : Remplir le bon formulaire
L’acte de renonciation se fait via un document officiel. Vous devez remplir le formulaire Cerfa n° 15828*05, intitulé « Renonciation à succession par une personne majeure ». Ce document est simple à compléter, il vous demande vos informations personnelles et celles du défunt.
Vous pouvez télécharger le formulaire officiel directement sur le site du service public. Pensez à bien le vérifier avant de l’imprimer.
Étape 3 : Déposer votre dossier
Une fois le formulaire rempli et les justificatifs réunis, vous devez déposer votre dossier au greffe du tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt. Attention, ce n’est pas forcément le tribunal le plus proche de chez vous.
Vous avez deux possibilités pour le dépôt :
- Sur place ou par courrier : Vous pouvez vous rendre directement au greffe du tribunal ou envoyer votre dossier complet par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Via un notaire : Si vous avez choisi cette option payante, c’est le notaire qui s’occupe de tout. Il se chargera de transmettre votre acte de renonciation au tribunal compétent. Pour cela, vous pouvez trouver un notaire près de chez vous via l’annuaire officiel.
Quels sont les délais pour refuser un héritage ?
Vous n’avez pas un temps infini pour prendre votre décision. La loi encadre strictement les délais de l’option successorale pour ne pas bloquer la situation indéfiniment.
Le délai de base : 4 mois pour réfléchir
À partir de la date du décès, vous disposez d’un délai minimum de 4 mois pour choisir entre les trois options. Durant cette période, personne (ni un créancier, ni un autre héritier) ne peut vous forcer à prendre une décision. C’est votre temps de réflexion.
Le délai sous contrainte : 2 mois pour agir
Une fois les 4 mois écoulés, la situation change. Un créancier de la succession, un cohéritier ou même l’État peut vous envoyer une sommation par acte de commissaire de justice. Cet acte vous oblige à prendre une décision.
À partir de la réception de cette sommation, vous avez 2 mois pour faire votre choix. C’est un délai strict.
⚠️ Attention au silence qui vaut acceptation
C’est le piège le plus important à éviter. Si vous êtes sommé de choisir et que vous ne faites aucune déclaration dans le délai de 2 mois, vous êtes considéré comme ayant accepté purement et simplement la succession. Vous serez alors tenu de payer les dettes, même avec votre patrimoine personnel.
Le délai maximum : 10 ans par défaut
Que se passe-t-il si personne ne vous somme de choisir ? Dans ce cas, vous avez un délai maximal de 10 ans à compter du décès pour vous prononcer. C’est un délai très long, mais il a une issue.
Si au bout de 10 ans, vous n’avez toujours pas pris de décision, la loi considère que vous avez renoncé à la succession. Le résultat est donc inverse de celui du délai de 2 mois.
Peut-on revenir sur un refus de succession ?
On nous demande souvent s’il est possible d’annuler une renonciation, par exemple si on découvre un bien de valeur après avoir refusé. La réponse est oui, mais c’est très encadré.
En principe, la renonciation est un acte définitif. Cependant, vous pouvez vous rétracter et finalement accepter la succession purement et simplement, mais à deux conditions très strictes :
- Le délai de 10 ans pour se prononcer ne doit pas être écoulé.
- Aucun autre héritier ne doit avoir accepté votre part entre-temps. Si votre frère a accepté la succession (et donc votre part) après votre refus, il est trop tard pour changer d’avis. De même, si la succession a été attribuée à l’État (succession vacante), la rétractation est impossible.
En dehors de ce cas de figure, une annulation de la renonciation reste exceptionnelle et ne peut être décidée que par un juge, notamment s’il est prouvé que votre choix a été fait sous la menace ou à cause d’une erreur majeure.



