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Comprendre les règles fiscales liées à la nue-propriété et l’usufruit

Comprendre les règles fiscales liées à la nue-propriété et l’usufruit

Transmettre un bien immobilier à ses enfants sans en perdre l’usage, réduire les droits de succession, anticiper sa succession : le démembrement de propriété répond à tout cela à la fois. Et pourtant, beaucoup de gens passent à côté simplement parce que les termes – nue-propriété, usufruit – semblent compliqués au premier abord.

Ce n’est pas si mystérieux. Comprendre ces deux notions, c’est comprendre l’un des outils les plus efficaces de la planification patrimoniale. Voici ce qu’il faut savoir.

Nue-propriété et usufruit : deux droits distincts sur un même bien

La pleine propriété d’un bien se compose de trois droits : l’usus, le fructus et l’abusus. Le démembrement consiste à séparer ces droits : l’usufruitier a le droit de jouir du bien et d’en percevoir les fruits, tandis que le nu-propriétaire a le droit d’en disposer à terme.

schéma simplifié illustrant le démembrement de propriété entre usufruitier et nu-propriétaire sur un appartement

Concrètement : imaginez un appartement que vous donnez à votre enfant, mais en conservant le droit d’y habiter ou d’en percevoir les loyers. Votre enfant est nu-propriétaire depuis le premier jour. Vous, vous restez usufruitier jusqu’à votre décès.

L’usufruit est un droit temporaire, le plus souvent viager. Au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint automatiquement et la pleine propriété se reconstitue sans droits de succession supplémentaires. C’est là que le mécanisme devient vraiment intéressant.

Qui paye quoi entre usufruitier et nu-propriétaire ?

Dans un démembrement, c’est toujours l’usufruitier qui déclare les revenus locatifs et paie la taxe foncière, la taxe d’habitation ainsi que l’IFI pour le bien démembré. Le nu-propriétaire n’a aucune fiscalité à régler tant que l’usufruit est en place.

Bref, le nu-propriétaire est propriétaire du bien, mais sans aucune charge fiscale courante à payer. Pour le calcul de l’IFI, les biens démembrés entrent en principe dans le patrimoine de l’usufruitier pour leur valeur en pleine propriété – le nu-propriétaire n’a rien à déclarer.

Les avantages fiscaux de la nue-propriété

L’intérêt du démembrement réside dans l’atténuation des droits de mutation à titre gratuit. Les droits de donation sont calculés sur une base inférieure à celle qui aurait été utilisée pour le calcul des droits en pleine propriété. Ils sont établis sur la valeur de la nue-propriété, calculée en fonction de l’âge de l’usufruitier selon l’article 669 du Code général des impôts.

Et c’est là que ça devient intéressant. Un usufruitier de 45 ans verra son droit évalué à 60 % de la valeur du bien, la nue-propriété atteignant alors 40 %. Cette valorisation diminue progressivement jusqu’à 10 % pour les usufruitiers de plus de 91 ans. Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété transmise est faible en valeur fiscale – et donc moins les droits à payer sont élevés.

Exemple concret : Pour un bien immobilier de 300 000 euros, si le donateur âgé de 65 ans effectue une donation avec réserve d’usufruit, les droits de mutation se calculeront uniquement sur 180 000 euros (60 % de la valeur totale). Au décès du donateur, le donataire récupère automatiquement la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire.

Autre avantage non négligeable : ce mécanisme permet de figer la base taxable au jour de la donation, indépendamment de la valeur future du bien. Si, au décès de l’usufruitier, le bien vaut 800 000 €, la pleine propriété se reconstitue sans aucune imposition supplémentaire : la plus-value intervenue après la donation n’est pas taxée.

La donation avec réserve d’usufruit : transmettre sans se dépouiller

Ce dispositif est souvent utilisé pour une donation ou donation-partage : seule la nue-propriété du bien est donnée, le donateur conservant l’usufruit du bien donné. La donation est alors dite « avec réserve d’usufruit ». Cette technique permet au donateur de conserver la jouissance du bien – droit de l’utiliser et d’en percevoir les loyers – tout en réalisant la transmission de son patrimoine.

Pour en savoir plus sur la fiscalité spécifique liée à cette démarche, cliquez ici pour accéder à une page dédiée qui détaille les modalités et les conditions applicables.

Faire une donation avec réserve d’usufruit à une association reconnue d’utilité publique permet de transmettre de son vivant tout en soutenant une cause, sans perdre la jouissance du bien. L’association devient nu-propriétaire ; le donateur conserve un usufruit viager ou temporaire. Au décès de l’usufruitier, le bien entre définitivement dans le patrimoine de l’association, sans aucun droit à payer, grâce à l’exonération prévue par le Code général des impôts.

Abattements et renouvellement tous les 15 ans

Ce transfert est soumis au paiement de droits de mutation à titre gratuit après application d’un abattement fiscal qui varie en fonction de la qualité du donataire. L’abattement fiscal est identique dans le cadre d’une donation ou d’une succession. Il se renouvelle tous les 15 ans, ce qui rend intéressant de l’utiliser de son vivant afin que les héritiers puissent l’utiliser à nouveau lors de l’ouverture de la succession.

Autrement dit : en donnant tôt, vous utilisez votre abattement aujourd’hui – et vos héritiers pourront l’utiliser à nouveau au moment du décès. C’est une double optimisation.

Règles fiscales applicables au démembrement

Lorsque la nue-propriété est transmise par donation, la valeur retenue pour le calcul des droits n’est pas librement fixée. Elle est déterminée par un barème fiscal légal, prévu par le Code général des impôts, qui répartit la valeur entre usufruit et nue-propriété en fonction de l’âge de l’usufruitier. Plus l’usufruitier est âgé, plus la valeur fiscale de la nue-propriété est élevée.

tableau barème fiscal usufruit et nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier

La réunion de l’usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe lorsque cette réunion a lieu par l’expiration du temps fixé pour l’usufruit ou par le décès de l’usufruitier. C’est une règle fondamentale, inscrite dans le Code général des impôts.

Point de vigilance : Si la donation a eu lieu moins de 3 mois avant le décès de l’usufruitier au profit de l’un de ses héritiers ou descendants, le Code général des impôts présume que le bien appartenait pour sa totalité à l’usufruitier. Le nu-propriétaire devra alors s’acquitter des droits de mutation calculés sur la valeur totale du bien, déduction faite des droits acquittés lors du démembrement.

Sous certaines conditions, l’administration fiscale permet au nu-propriétaire de différer le paiement dans un délai maximal de 6 mois après le décès de l’usufruitier. Il doit en faire la demande auprès de l’administration fiscale, et lui présenter des garanties suffisantes.

Le démembrement de propriété est un mécanisme éprouvé, encadré par la loi, qui permet d’organiser sa succession tout en conservant ses revenus et son confort de vie. Bien préparé – idéalement avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine – c’est l’un des leviers les plus efficaces pour transmettre un patrimoine dans les meilleures conditions fiscales possibles.

Julien

Julien

Un passionné, partageant expertise et analyses pour éclairer les professionnels du droit.